Discours prononcé par BAT YE'OR , auteur du livre "EURABIA" lors d'une invitation de l'association flamande ProFlandria
Mesdames, Messieurs,
Je remercie Mr van Malderen et Pro Flandria pour m’avoir invitée à discuter avec vous des graves problèmes qui concernent l’avenir de notre civilisation et de nos valeurs. Je suis également profondément honorée par les éloges du Prof. Vermeulen; venant d’un si grand érudit, j’en suis doublement émue. Je suis heureuse aussi de saluer parmi nous la présence de mon ami, le Prof. Jansen, dont les travaux savants sur l’islam m’ont tant appris.
Nous vivons une période où l’on peut légitimement se demander si la civilisation occidentale fondée sur le judéo-christianisme existera encore dans 20-30 ans. L’histoire nous montre de nombreux exemples de la disparition de sociétés chrétiennes en divers points du globe. Et ce qui est survenu dans le passé pourrait se reproduire aujourd’hui si les circonstances s’y prêtaient. J’ai appelé dhimmitude les facteurs complexes qui ont déterminé la mort – parfois violente, parfois sous forme de longue agonie – des sociétés judéo-chrétiennes dans les pays chrétiens conquis par le jihad et islamisés, et ceci en Afrique, en Asie et en Europe. Je dis bien jihad, car le jihad est une guerre particulière dont l’idéologie et les tactiques visent à éliminer toute civilisation autre qu’islamique. Comment ces pays peuplés surtout de chrétiens mais aussi de juifs, devinrent-ils des pays de civilisation islamique? Ce sont les facteurs que j’ai catalogués comme ceux de la dhimmitude qui sont responsables de cette évolution. Et ces facteurs récurrent dans l’histoire, ne peuvent-ils se reproduire, et avec quelles conséquences?
Mon livre Eurabia s’intègre dans la suite de mes recherches sur les institutions politiques et juridiques corrélées du jihad et de la dhimmitude, fondées sur la théologie islamique. Ces institutions composées d’une idéologie et d’un ensemble de lois religieuses et obligatoires représentent des forces, des structures de pensées fixées dans la religion et la juridiction parmi les plus puissantes de l’histoire; elles ont broyé des peuples et des civilisations et modelé des continents. Et pourtant le public occidental en général les ignore et n’a guère conscience qu’elles nous enveloppent, nous dominent et façonnent notre avenir. Eurabia est l’étude des forces de la dhimmitude qui se propagent dans les sociétés européennes modernes grâce à des politiques et des réseaux européens.
Je donnerai tout d’abord quelques mots d’explication sur la dhimmitude. La dhimmitude est la conséquence de la conquête jihadiste de vastes territoires. Cette conquête religieuse détermine le caractère spécifique du pays conquis qui devient un « wakf » c’est-à-dire un bien de main morte au bénéfice de tous les musulmans. Ce pays-wakf est régie obligatoirement par la loi islamique qui précise les modalités de son régime de taxation et du gouvernement de sa population indigène non-musulmane. Celle-ci est tolérée moyennant le payement d’une taxe, la jizya, assortie à un statut obligatoire d’humiliation, d’exploitation fiscale et d’infériorité justifié par des textes religieux. Ce statut inscrit dans la charîa est le même pour les juifs et les chrétiens, il vise à instaurer une différenciation légale dans tous les domaines entre musulmans et non-musulmans par l’infériorisation et l’avilissement de ces derniers. Juifs et chrétiens sont obligatoirement astreints à respecter ce statut, nul ne peut s’y soustraire sans encourir la mort ou l’esclavage. C’est cette condition que j’ai nommée dhimmitude. Jihad et dhimmitude sont des éléments fondamentaux et corrélées de la civilisation musulmane, on peut même considérer que la dhimmitude est un soft-jihad. Il n’y a pas de dhimmitude sans jihad et il n’y a pas de jihad sans intention de dhimmitude. Les deux représentent les piliers qui ont porté à travers l’histoire, l’expansion sur trois continents de l’ummah, la communauté islamique depuis sa naissance à Médine. Fixés dans la théologie et les lois religieuses, ils représentent des structures transhistoriques et permanentes.
Mais ces institutions ne se sont pas développées dans un vacuum puisque leur but est l’islamisation de la planète et par conséquent elles concernent essentiellement les non•musulmans. Ceux-ci sont confrontés à quatre possibilités selon les textes du droit musulman concernant le jihad: 1) la conversion à l’islam; 2) la soumission à la suprématie islamique, c’est-à-dire la dhimmitude; 3) la trêve provisoire moyennant le tribut et la propagation pacifique (da’wa) de l’islam dans le territoire non-musulman; ou 4) la poursuite de la guerre. En d’autres termes jihad et dhimmitude représentent l’ensemble des relations régies par le droit islamique entre musulmans et non-musulmans, c’est leur seul terrain d’interactions, que ce soit en temps de guerre, de soumission ou de trêve provisoire et ce schéma, ce logiciel si vous voulez, existe encore aujourd’hui car ces deux institutions, jihad et dhimmitude sont encore valides sur les plans stratégique et idéologique. Pour vous donner une illustration actuelle, les pays qui combattent l’islamisation de leur territoire comme l’Amérique et Israël sont soumis au terrorisme jihadique, et à une stratégie visant à les isoler, les affaiblir et à délégitimer leur politique d’auto-défense. La Communauté Européenne par contre, contrainte par le terrorisme jihadique palestinien et le boycott du pétrole, s’est soumise en 1973 aux conditions de la trêve: soutien au jihad anti-israélien par l’adoption de la cause palestinienne, opposition à l’Amérique, et acceptation d’une immigration musulmane avec la diffusion de l’islam et de la culture islamique en Europe. Enfin la dhimmitude est appliquée aujourd’hui dans tous les pays musulmans à l’égard des chrétiens qui y vivent.
Nous sommes donc aujourd’hui dans une logique et une dynamique de jihad et de dhimmitude que nos leaders s’efforcent de nier car nos ministres ressemblent à des notables chargés d’imposer à leur peuple l’obéissance aux décisions de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), comme les notables dhimmis imposaient à leurs coreligionnaires juifs et chrétiens la soumission aux règles de la dhimmitude. J’explique dans mon livre Eurabia les différentes étapes qui nous ont conduit à cette situation dont une des conséquences est le multiculturalisme qui, mal interprété, risque de détruire nos libertés.
Le multiculturalisme s’inscrit dans deux processus différents mais chevillés l’un à l’autre. Le premier est la construction européenne et le second s’attache à créer une nouvelle civilisation euro-arabe méditerranéenne (Eurabia). Le premier processus, la construction européenne, bénéficia d’une grande publicité tandis que le second, résultant de la soumission de la Communauté européenne aux conditions palestino-jihadistes de la trêve, fut conduit dans une semi-clandestinité par le Dialogue euro-arabe, une politique officieuse qui se développa à l’insu des populations européennes parce qu’elle attentait à l’identité même de l’Europe, à ses valeurs judéo-chrétiennes et à sa sécurité. Le projet eurabien planifiait la fusion des deux rives de la Méditerranée, l’intégration pacifique de l’islam et de la chrétienté dans une seule société afin de développer les marchés européens dans les pays arabes et de créer un énorme bloc politique, économique et stratégique euro-arabe opposé à l’Amérique.
Cette stratégie reposait sur des conditions essentielles exigées par la Ligue arabe: reconnaissance par l’Europe d’un « peuple palestinien » sui generis, soutien à Arafat sur les plans européens nationaux et dans les instances internationales, et adoption d’une politique euro-arabe coordonnée légitimant dans le moyen terme le remplacement d’Israël par la Palestine. Cette orientation exigeait la discrétion car instituée une génération après Auschwitz et le sauvetage de l’Europe par les Américains, elle aurait suscité une forte opposition.
Que ce soir dans le cas de la construction européenne ou dans celle d’Eurabia, le multiculturalisme représentait un instrument essentiel. Mais alors que dans le contexte d’intégration européenne, le multiculturalisme concernait des populations qui partageaient les mêmes valeurs, la même culture et particulièrement le même désir de paix, dans la construction méditerranéenne par contre, le multiculturalisme devint une politique de dhimmitude.
Ceci s’explique par des interprétations divergentes du concept de paix qui n’est pas similaire dans la conception judéo-chrétienne et dans la conception islamique. Dans son essai sur la guerre et la paix en Islam, Bassam Tibi souligne que la paix n’existe que dans l’islam1. La paix mondiale n’est atteinte que par la conversion ou la soumission (dhimmitude) des non•musulmans. Tibi cite l’obligation coranique d’islamiser la planète (Cor. 34:28). Pour les musulmans l’effort dans le chemin d’Allah pour étendre l’islam mondialement n’est pas une guerre mais une action juste et un devoir d’obéissance religieuse. Ce sont les non-musulmans qui en mettant des obstacles à l’islamisation de leur pays agressent les musulmans. Eux sont responsables de la violence des guerres qu’ils mènent contre les musulmans et qui pourraient être évitées s’ils obtempéraient à l’appel de l’islam (da’wa) en se convertissant ou en se soumettant. Ce qui explique, écrit Tibi, que le jihad étant un accomplissement religieux et une soumission à la volonté d’Allah, échappe à toute réprobation. Les infidèles sont seuls coupables de provoquer les guerres en s’opposant aux musulmans. Pour l’islam toute la terre est un wakf, un bien promis par Allah à la communauté musulmane. Le jihad représente l’effort pour reprendre aux mécréants ces pays-wakfs qu’ils occupent illégalement et qui doivent revenir aux musulmans. D’ailleurs dans les textes musulmans de droit ou d’histoire sur le jihad, les conquêtes des territoires sont décrites comme des pays qu’Allah fait revenir aux musulmans, ce qui implique l’idée d’une réappropriation d’un bien antérieur et l’illégalité de toute souveraineté non-musulmane.
Nous avons donc ici deux visions totalement différentes des relations internationales. Alors que l’intégration européenne se construisit sur la volonté de paix, la laïcité des lois, la séparation des pouvoirs, le monde musulman ne conçoit la paix que dans la soumission de l’adversaire ou son élimination dans un contexte qui unit religion, juridiction et politique. Cette conception est illustrée par le conflit israélo-arabe où Israël est toujours présenté comme l’agresseur et l’occupant par le monde musulman et son satellite l’Union Européenne, alors qu’il est la victime du jihad dans son propre pays. Pour les mêmes raisons l’Europe et le monde musulman ont incriminé la politique anti-terroriste de Georges Bush plutôt que le jihadisme global dans les conflits actuels. L’Europe qui a adopté la logique jihadiste palestinienne ne voit pas qu’elle défend une conception suicidaire qui fait d’elle un occupant et un agresseur si elle se défend contre l’islamisation de son système juridique et culturel. De même qu’elle considère Israël coupable vis-à-vis des Palestiniens, du fait de sa seule existence dans sa patrie historique, ainsi elle se culpabilise vis-à-vis du monde musulman pour les croisades et la colonisation, tandis que plus d’un millénaire de conquête jihadiste ne suscite qu’approbation admirative.
Pourquoi l’Europe a-t-elle occulté cette histoire qu’elle connaît fort bien ? Parce qu’elle vit dans la dhimmitude, et qu’il est interdit au dhimmi de critiquer l’islam ou de dire que l’islam a un défaut. Ainsi l’Europe et l’Amérique se sont empressées d’obtempérer aux demandes de l’Organisation de la Conférence Islamique en instituant un lexique de mots interdits pour ne pas offenser les musulmans. On ne doit plus utiliser le mot jihad de façon péjorative car il représente un devoir sacré pour les musulmans. Nous sommes donc obligés de nous abstenir de critiquer l’idéologie, la praxis et l’histoire d’une guerre menée depuis 13 siècles pour nous anéantir.
Sur le plan juridique la Communauté européenne feignit de croire que le monde arabe partage les valeurs européennes des droits de l’homme. Or les Etats musulmans ne reconnaissent pas la Déclaration Universelle des Droits de l’homme qui proclament l’égalité des droits et des sexes et se place dans un contexte laïc et non religieux. Le monde musulman ne reconnait que la Charte islamique des droits de l’homme conforme à la charîa, approuvée à La Mecque en 2000. Nous avons donc ici deux systèmes de valeurs totalement opposés dans leur inspiration et leurs lois et qui impliquent des contradictions importantes sur les plans culturel, social et juridique. Pensez aux problèmes dans les écoles avec des écoliers qui refusent la mixité et l’enseignement de certaines matières, pensez à la polygamie officieuse introduite en Europe, la ségrégation des femmes, les crimes d’honneur, la menace sur les musulmans convertis ou libre-penseur, les assassinats pour blasphème, l’antisémitisme, et les menaces d’un terrorisme jihadique indigène pour imposer une orientation islamique à la politique étrangère de l’Europe et à sa politique intérieure par l’introduction de la charîa sur le continent. Dans tous ces domaines, l’Europe a régressé et n’a pas su faire respecter sa propre juridiction ni sa sécurité sur son territoire. Ce sont ces concessions qui, résultant de la situation sécuritaire précaire de l’Europe, nécessitent le multiculturalisme.
Le multiculturalisme est un instrument essentiel à la création de la société euro-arabe méditerranéenne car la charîa interdit aux musulmans d’adopter les lois et les mœurs des mécréants. C’est pour cette raison que l’OCI réclame de l’Europe qu’elle se reconnaisse multiculturelle et renonce aux politiques d’intégration jugées islamophobes. En effet en décembre 2005, l’OCI émit plusieurs résolutions à son Sommet à la Mecque. Parmi celles-ci l’obligation pour les instances internationales et l’Europe de combattre l’islamophobie. Selon Doudou Diène, le Rapporteur spécial sénégalais de la Commission sur le Racisme, la Xénophobie et les formes associées d’intolérance au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU à Genève, les restrictions européennes à l’immigration sont des mesures islamophobes, de même que les mesures anti-terroristes ou les mouvements européens d’identité culturelle et nationale. Il réclame que l’UE réprime et punisse sévèrement ces mouvements car ils s’opposent à l’identité multiculturelle qui est celle de l’Europe et qu’elle doit acceptée. On peut ici se demander qu’est-ce qui autorise Mr. Doudou Diène à dicter aux centaines de millions d’Européens leur propre identité. Mais surtout on peut remarquer que le tableau que dresse Mr. Doudou Diène des Européens est celui de la dhimmitude. Comme les dhimmis, les Occidentaux sont obligés d’accepter la colonisation démographique et culturelle de leur propre territoire par l’immigration. Leur droit de se défendre contre le jihadisme terroriste est jugé islamophobe et devrait être supprimé tout comme leur histoire, leur identité et leur culture nationales qui s’opposent aux pratiques de la charîa des immigrants. Je souligne ici que ces demandes de l’OCI expriment exactement les exigences formulées par l’Europe à l’égard d’Israël, et cela n’est pas étonnant car l’Europe vis-vis-d’Israël a adopté l’idéologie jihadiste par le biais du palestinisme. L’Europe est ainsi devenue le porte-parole de l’OCI pour Israël d’autant plus volontiers qu’elle se plaît à obéir elle-même.
En ce qui concerne Israël, l’UE exige qu’il renonce à sa politique d’auto-défense contre le jihad palestinien, qu’il ouvre ses points de passage aux terroristes comme les frontières européennes devraient être ouvertes selon l’OCI; l’UE exige qu’Israël fournisse aux Arabes palestiniens tout ce dont ils ont besoin, comme l’OCI réclame de l’Europe qu’elle satisfasse aux besoins de la population immigrée selon le schéma des lois de la dhimmitude qui fut imposé dans les pays chrétiens islamisés. De plus l’OCI réclame que les Européens respectent l’islam, tout comme les dhimmis devaient se lever devant les musulmans, passer à leur gauche, s’abstenir de les regarder selon un code de lois abondantes et précises que j’ai cité dans mes livres – code destiné à imposer aux non-musulmans un comportement respectueux envers l’islam. Sans parler du blasphème, c’est-à-dire la critique de l’islam ou de la charîa qui est punie de mort.
Nos leaders se comportent comme les notables dhimmis qui étaient chargés par l’autorité islamique d’imposer à leurs coreligionnaires les lois de la dhimmitude pour propre sécurité. De même que les dhimmis n’ont droit ni à leur langue ni à leur histoire ni à leur culture, ainsi les gouvernements européens sont appelés par l’OCI à combattre les nationalismes culturels et identitaires de leurs propres peuples car ces manifestations s’opposent au multiculturalisme. Or l’Europe manifeste vis-à-vis d’Israël cette même exigence en niant ses droits historiques dans son propre pays pour lui substituer la Palestine dont elle a inventé les mythes.
Israéliens et Européens vivent donc dans le même contexte conceptuel et politique de dhimmitude, parce qu’il n’existe – au plan institutionnel et non individuel – aucun autre cadre relationnel entre musulmans et non-musulmans. Le monde de l’infidélité n’est qu’un sursis dans le temps de l’islam. Le 11 sept. n’est pas considéré comme une agression jihadiste, mais comme le départ d’une campagne islamophobe en Occident, de même l’idéologie jihadiste contre les Occidentaux n’est pas la source des conflits, mais c’est leur auto-défense qui agresse les musulmans. Ainsi le jihad échappe à toute réprobation et ce sont les mécréants qui sont coupables de se défendre. Autrement dit la définition de l’agresseur et de la victime est inversée. Nous sommes toujours coupables de nous opposer à la paix islamique, c’est-à-dire à la conversion ou à la dhimmitude. Cette même équation se retrouve dans la politique européenne vis-vis d’Israël sommé de par sa seule existence d’agresser l’islam et de s’en excuser alors qu’il est la victime du jihad.
Cette dhimmitude que nous constatons dans l’UE se manifeste aussi dans les organisations internationales où nos représentants ont adopté la vision politique, culturelle et historique de l’OCI, comme le prouve le Rapport de l’Alliance des Civilisations, présenté le 13 nov. 2006. Ce Rapport se fonde sur la vision islamique de l’histoire et attribue à l’Occident et à Israël la culpabilité des conflits actuels qu’il fait débuter au 19è siècle avec le colonialisme européen et le sionisme comme si le jihadisme sur trois continents dès le 7è siècle n’avait été qu’une bucolique promenade dans des champs fleuris.
En conclusion je dirais que la situation eurabiene résulte de l’orientation prise par la CE en 1973 lorsqu’elle décida de s’allier au monde arabe pour construire Eurabia. L’Europe alors nia le jihad pour ne pas s’y confronter. Elle racheta sa sécurité aux bandes terroristes par son soutien au jihadisme palestinien contre un Etat souverain dont elle nia la légitimité. L’UE est l’un des plus grands pourvoyeurs de fonds aux Palestiniens, sans parler des financements bilatéraux des pays membres, et du financement des ONG palestiniennes et occidentales les plus anti-israéliennes. Sa politique d’allégeance au jihadisme anti-israélien en a fait un satellite du bloc islamique, et le multiculturalisme qui invertie les notions d’agressé et d’agresseur, a sapé à la base ses propres valeurs et ses défenses.
L’Europe, dans sa volonté de paix, a voulu instituer un nouvel instrument de politique international: le multilatéralisme. Elle a voulu stabiliser le monde en neutralisant la souveraineté des Etats afin de les soumettre à une juridiction internationale imposée par des organisations internationales. Or aujourd’hui on constate un affaiblissement des lois internationales d’inspiration occidentale rendues inopérantes par les valeurs et les lois islamiques qui s’y substituent dans les organismes internationaux et instaurent un ordre mondial conforme à la charîa et au jihad. Dans l’arène internationale, l’OCI avec sa puissance financière incommensurable impose la perception islamique de l’histoire, de la politique et du monde. Enfin en Europe personne n’a conscience de la stratégie planétaire économique du jihad, (banque sharîa), culturel (contrôle des écoles et universités en Europe et USA par le jihadisme palestinien), politique (immigration et multiculturalisme). Aucun plan n’existe pour comprendre et arrêter la politique suicidaire de la dhimmitude, ce mot même, dont dépend la survie de notre civilisation, est ignoré. Or tant que la dhimmitude et le jihad continueront à être ignorés il n’y aura aucun moyen de défendre et de maintenir nos libertés, nos démocraties et les droits de l’homme en Europe parce que nous ne saurons pas pourquoi nous nous battons et nous ne comprendrons pas l’enjeu de nos combats.
Bassam Tibi, «War and Peace in Islam » in Islamic Political Ethics. Civil Society, Pluralism, and Conflict, ed. by Sohail H. Hashmi, with a Foreword by Jack Miles, Princeton University Press, 2002, pp. 175-93.

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